Samedi 23 mai 2009


Prolétarisation 

 

Stiegler remet les pendules à l’heure concernant la question « prolétaire Â» chez Marx. On a trop l’habitude de confondre, d’assimiler même le prolétaire et le pauvre ouvrier – travailleur exploité. Hors on devient seulement prolétaire, en même temps que notre rapport à la « machine Â» évolue. Le prolétaire est donc avant tout un simple accessoire de la machine, dont on n’exige que l’opération la plus simple, nous dit Marx. (Manifeste p. 39). Être prolétaire c’est être l’esclave de la machine, au moins autant que l’esclave de l’Etat bourgeois.

 

C’est la prolifération et le perfectionnement des machines qui crée la prolétarisation des individus. Ainsi, tout le monde, toutes les professions sont voués à tomber dans le prolétariat parce que leur habilité à la tâche est dépréciée, inutile face à la simplicité offerte par les nouvelles méthodes de production. C’est ce que Stiegler appelle la perte du savoir spécifique des individus pourtant qualifiés. C’est pourquoi le prolétariat ne fait que s’accroître, et se propagera à toutes les disciplines. Un médecin qui n’utilise plus que des outils informatiques pour répondre aux problèmes sanitaires est en quelque sorte un prolétaire, car il n’est qu’un accessoire de la « machine Â», sans utiliser son savoir.

 

 

Technique

 

On peut donc lier le marxisme et la prolétarisation à la philosophie de la technique vu le rôle essentielle des machines et du « machinisme Â». Pour Stiegler le capitalisme actuel crée une sorte de prolétarisation généralisé puisque le savoir vivre quotidien, basique, se perd en voyant des entreprises privées remplacer le savoir simple par la consommation addictive. On ne sait plus faire à manger, mais des entreprises développent des repas instantanés, on ne sait plus s’occuper de nos grands parents, mais des entreprises prennent tout cela en charge… C’est l’abêtissement généralisé avec une industrie telle que des gestes simples sans qualifications nécessaires sont suffisant. Le savoir personnel n’est plus une ressource utile.

Pour Stiegler, il faut changer ce modèle industriel avec des nouvelles technologies qui offrent l’occasion d’échapper à la prolétarisation généralisée. On peut donc imaginer des technologies qui permettent de se réapproprier du savoir utile sans devenir les outils des machines.

 

Si on voit l’Histoire comme l’acquisition de la liberté individuelle ralentit par les passions collectivistes et autoritaires, alors on peut envisager la technique comme le moyen d’acquisition de cette liberté.

La technique émanant de la raison humaine nous conduit à l’émergence de la possibilité individualiste. La technique est un facteur d’autonomie individuelle, mais aussi, à l’inverse, de solidarité organique dirait Durkheim, entre les membres d’une civilisation. Il faut bien comprendre ce double mouvement qui rend l’individu plus libre, sans devoir supporter le poids de la communauté car la technique lui apporte une autonomie. Mais ce même individu sera lié à tous, sans rapport d’exploitation, par la dépendance généralisée de tous avec tous par l’échange. 
 

Je pense que la technique va de pair avec l’émancipation individuelle. On peut même penser que le chemin est : Opposition à la masse – raisonnement puis volonté – découverte – technique – émergence de l’idée d’individu autonome – égalité en droits – liberté individuelle.

Est-ce à dire que les peuples encore asservis au XXIe siècle n’ont pas bénéficier de la technique ? Il faudrait plutôt regarder du côté de la soumission de l’individu au pouvoir – personnel, religieux, démocratique etc…



Je parle içi de Bernard Stielger, philosophe anticapitaliste, ancien communiste. Personnage intéressant bien que partiellement aveugle politiquement.
A lire : Manifeste du parti communiste, Marx et Engels. Petit texte donnant une bonne introduction à Marx. 

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